Toulouse : entre crottes, transports et météo… une journée pleine de surprises

Comme partout en France, je suis toujours fascinée par le nombre de cabots qui déambulent avec leur maître. Attachés ou en liberté, ils suivent les directives au doigt et à l’œil. On dirait que les chiens ont tous reçu une formation militaire avant notre arrivée : « À gauche! Assis! On avance! » Et pas un seul ne discute. Pourtant, malgré les poubelles à crotinettes et les distributeurs de sacs à crottes installés un peu partout, il demeure une règle fondamentale du voyage en France : toujours regarder où l’on met les pieds. On ne sait jamais quand une petite mine canine décidera de se mettre sur notre chemin. 

À ce sujet, nous avons découvert ce matin une affiche de magasin pour le moins intrigante : « 1 chaussure homme achetée, LA 2e à -10 %. » et là le débat philosophique du jour : Est-ce que la première chaussure est au prix régulier et que la deuxième bénéficie d’un rabais de 10 %? Ou bien achète-t-on une paire au prix régulier et la deuxième chaussure est à -10 %? Parce que si c’est ça, pourquoi acheter une seule chaussure? Et surtout, que fait-on avec la deuxième moitié de la paire? Bref, nous avons laissé tomber cette énigme commerciale. Notre cerveau avait déjà suffisamment de travail avec les transports en commun.

Aujourd’hui, notre programme était plutôt sympathique : une balade en bateau et la visite du musée des Augustins. Mais Toulouse avait décidé de nous tester.

 Première difficulté : arrêt complet du tram. 

Il n’y a donc pas que le REM de Montréal qui connaît des petits moments de solitude mécanique! Ici aussi, le tram a décidé de prendre congé. Nous nous sommes donc rabattues sur l’autobus.

Deuxième difficulté : trouver le bon arrêt. Et surtout… le bon côté de la rue! 

Nous avons marché environ un bon kilomètre avant de trouver l’endroit magique où notre autobus daignerait éventuellement passer. À notre âge, chaque kilomètre supplémentaire devient automatiquement une excursion touristique non prévue au programme.

Arrivées au Capitole plus tôt que prévu, nous avons finalement transformé notre contretemps en opportunité et visité la mairie. Magnifique édifice avec des escaliers majestueux, de grandes salles et une architecture digne d’un château. Il ne manquait que les robes de bal et quelques princes charmants dans les corridors. 

À 13 h, notre estomac nous a toutefois rappelé que la visite culturelle avait ses limites : « Mesdames, c’est très beau les tableaux, mais NOURRISSEZ-NOUS. » 

Comme le temps était plutôt serré avant notre excursion sur la Garonne, nous sommes entrées chez le boulanger pour acheter des sandwichs que nous pourrions déguster tranquillement au bord de l’eau en attendant l’embarquement. Je paie les sandwichs et les bouteilles d’eau, nous sortons… et nous découvrons qu’il manque un sandwich. 

Celui d’Anne. Le serveur s’excuse et lui en donne immédiatement un autre… gratuitement.

Voilà donc comment commencer une journée touristique avec un lunch à rabais. Après les chaussures à -10 %, nous étions définitivement dans une journée placée sous le signe des bonnes affaires! 

Sur le bateau, nous avons fait connaissance avec deux charmantes voisines qui discutaient du sujet numéro un à Toulouse ces jours-ci : la météo. Des orages étaient annoncés et la conversation est rapidement devenue une véritable conférence scientifique. Quelle application météo était la meilleure? Météo Agricole, avec son horaire détaillé? Ou Météo 60, qui donnait sensiblement les mêmes informations, mais sur une période plus longue? Les voilà donc toutes les deux, téléphone en main, à comparer les applications avec le sérieux de deux chercheuses de la NASA sur le point de lancer une fusée.

Nous, pendant ce temps, nous nous sommes dit que peu importe l’application gagnante, nous allions simplement regarder le ciel. Beaucoup moins technologique, mais assez efficace. Nous sommes parties pour une excursion maritime d’une heure sur la Garonne et le canal du Midi. Les arbres qui nous enveloppaient, le doux ronronnement des moteurs et le mouvement du bateau ont rapidement produit un effet secondaire inattendu : nous avons commencé à piquer du nez. Une croisière touristique transformée en sieste flottante. Il ne manquait plus qu’une petite couverture. Puis le ciel s’est couvert et les premiers grondements de tonnerre ont commencé à se faire entendre. Pas besoin d’application météo. On avait compris.

Nous nous sommes dépêchées de rejoindre le musée des Augustins, pensant trouver un peu de fraîcheur à l’intérieur. 

Erreur

Nous sommes entrées dans une véritable étuve. Après avoir marché, couru, cherché des autobus, pris un bateau et bravé les éléments, nous étions maintenant en train de cuire doucement dans un musée. 

Et c’est là que j’ai découvert le Graal des voyageuses : une petite trappe dans le plancher d’où sortait de l’air froid. Ni une ni deux, je me suis installée juste au-dessus. Face au courant d’air, toupet dans les airs, cheveux au vent, j’ai pris ma pause rafraîchissement avec toute la dignité d’une femme qui venait de découvrir la climatisation gratuite. Et non, ai-je dit : « je ne fais pas partie de l’exposition ».

Après notre visite, nous sommes finalement reparties à la recherche de notre autobus pour rentrer à l’appartement. Cette fois, nous avons trouvé le bon arrêt. 

Du bon côté. 

Et l’autobus est même passé. Victoire!  

De retour à l’appartement, nous avons sagement décidé de ne plus nous battre avec les transports, les horaires, les applications météo ou les chaussures mystérieusement soldées. Nous avons cuisiné tranquillement des bruschettas et des raviolis aux champignons. Une journée bien remplie, entre chiens disciplinés, crottes sournoises, tram en grève, autobus fantômes, sandwich gratuit, météorologues improvisées, croisière soporifique et climatisation de fortune.

Finalement, voyager, c’est simple : 

il suffit de regarder où l’on met les pieds, de vérifier la météo et de toujours avoir un sandwich de secours.