De la fiesta au marteau\-piqueur : le calme légendaire de León

Notre nuit à León fut une expérience culturelle des plus authentiques. À 3 h du matin, nous avons été réveillées par une joyeuse fiesta qui battait son plein dans la rue. Comme les portes-fenêtres étaient grandes ouvertes, nous avions carrément l’impression d’avoir été invitées dans le party, sauf qu’on ne connaissait personne et qu’on n’avait absolument pas l’intention de danser.

Au fil des minutes, le ton montait. Les jeunes fêtards semblaient avoir beaucoup de choses à se dire et, manifestement, personne n’avait pensé à leur fournir un bouton « volume réduit ». Le problème, c’est que notre horaire de grand-mères voyageuses ne prévoit pas vraiment de coucher de soleil à 3 h du matin. Nous avons donc fini par nous rendormir, probablement grâce à l’épuisement plutôt qu’à la tranquillité des lieux.

À 7 h, nouveau réveil. Cette fois, le bruit ressemblait à une scie à chaînes. Voyons donc! Je n’ai pourtant aperçu aucun arbre dans la rue!

Je me suis précipitée vers les rideaux pour découvrir, juste en face de notre appartement, des hommes en train de couper des dalles de béton pour les remplacer ou les réparer. Parce qu’apparemment, à León, lorsqu’on veut commencer la journée en douceur, on choisit 7 h du matin pour attaquer le béton à pleine puissance. On ne s’entendait plus parler. C’était le bordel.

Nous avons donc déjeuné dans un magnifique concert de scie, de béton et de machinerie lourde. Un petit déjeuner accompagné d’un orchestre industriel. Très local comme expérience.

Après avoir ramassé notre bordel soigneusement organisé, nous sommes parties pour notre visite du jour : la Casa Botines, une magnifique construction de l’architecte catalan Antoni Gaudí. Enfin une activité où personne ne nous criait dans les oreilles et où aucun outil électrique ne tentait de nous faire vibrer les dents.

Nous en avons également profité pour faire une petite vérification stratégique : y avait-il réellement des taxis à l’arrêt près du musée? Parce qu’après plusieurs tentatives, nous avons compris une chose importante dans ce voyage : nous sommes beaucoup plus efficaces en personne qu’au téléphone. Au téléphone, notre espagnol, notre français et celui de notre interlocuteur semblent parfois prendre chacun une sortie différente. Nous avions bien essayé les applications suggérées pour commander un taxi, mais aucune ne semblait vouloir collaborer. Nous avons donc décidé de faire confiance à la bonne vieille méthode : aller voir sur place. Une technologie révolutionnaire appelée « nos deux jambes ».

Après une salade et une pizza partagée, nous avons finalement conclu notre périple à León et pris le train en direction de Santiago de Compostela.

León nous aura vraiment beaucoup plu. Nous étions installées dans un appartement directement sur une rue piétonnière, juste à côté de la cathédrale. Et ça, c’était magnifique. Nous pouvions voir déambuler les pèlerins qui arrivaient tranquillement au bout de leur parcours. Certains semblaient épuisés, d’autres heureux, mais tous avaient cette allure de gens qui viennent de parcourir une quantité de kilomètres qu’on préfère ne même pas calculer.

Nous avons marché dans la ville pour admirer les monuments et profiter de l’ambiance. Quant à la gastronomie locale, disons qu’elle ne remportera peut-être pas le prix du consensus international. Mais nous avons quand même réussi à trouver des menus qui nous convenaient parfaitement. Deux grand-mères québécoises affamées finissent toujours par trouver une solution.

Une chose nous a toutefois particulièrement frappées à León : le volume sonore des Espagnols. Tout le monde parle fort. Très fort. Dans la rue, dans le train, dans les ascenseurs… partout! Nous avons même tenté les écouteurs, mais ils semblent avoir capitulé devant le phénomène. À ce stade-ci, nous ne savons plus si les gens parlent ou s’adressent directement à la prochaine ville.

Et présentement, nous sommes dans le train en direction de Santiago. Ça parle fort. Très fort. Mais notre principale inquiétude n’est plus le bruit. Notre véritable défi sera d’arriver à ouvrir la porte de notre prochaine destination. Nous avons un petit problème de synchronisation avec les clés électroniques.

Après les trains, les taxis, les applications qui ne fonctionnent pas, les portes-fenêtres, les travaux à 7 h du matin et les fiestas à 3 h, il ne manquerait plus que nous passions la nuit dans le corridor avec nos valises.

À suivre… parce qu’avec nous, une simple clé peut facilement devenir le prochain épisode de notre saga européenne. 

Une mise à jour s’impose ici!

Nous avions pris le train de León à Saint-Jacques en première classe, convaincues que ce petit luxe nous garantirait cinq heures de tranquillité, de silence et de contemplation béate du paysage.

Quelle naïveté!

À peine installées, nous avons découvert que notre wagon abritait une famille hyperactive qui semblait avoir confondu première classe avec salle communautaire. Les parents parlaient avec des voix capables de réveiller les morts de Compostelle, tandis que leurs deux petites filles, pourtant très mignonnes, auraient facilement pu décrocher un rôle dans Denis la malice. Pendant cinq heures, nous avons donc eu droit à un concert familial en Dolby Surround, sans possibilité de changer de chaîne.

Cinq heures.

Cinq longues heures à nous demander si nous avions payé un billet de première classe ou un forfait tout inclus pour la torture auditive. Quand nous sommes enfin arrivées à Saint-Jacques, nous pensions que le calvaire était terminé. Erreur stratégique. Il nous restait encore à affronter le taxi. Trente minutes d’attente, parce qu’apparemment, même les taxis avaient décidé de tester notre patience.

Puis, arrivées devant notre logement, dernière épreuve du parcours du combattant : la clé électronique ne fonctionnait pas.

Évidemment.

Nous avons donc contacté le propriétaire, qui, par bonheur, a pu activer la serrure à distance. Miracle technologique! La porte s’est finalement ouverte et nous avons pu entrer. À ce stade, nous n’avions plus besoin d’un lit.

Nous avions besoin d’un exorciste, d’un silence absolu et probablement d’un petit verre.