De Saint-Jacques à Porto : l’autobus de tous les dangers

Grosse journée en perspective aujourd’hui : nous quittons Saint-Jacques-de-Compostelle pour Porto, et cette fois-ci, nous avons décidé de voyager en AUTOBUS. Oui, en autobus. Parce qu’avec le train, nous avions droit à une correspondance de cinq heures et à une arrivée à 19 h 30. Et nous, arriver le soir, très peu pour nous.

Le soir, nos repères visuels disparaissent, l’épicerie est fermée et les restaurants sont envahis par une clientèle jeune, bruyante et beaucoup trop énergique pour deux mémés qui souhaitent simplement manger en paix avant de s’effondrer dans leur lit.

Nous avions donc réservé un taxi pour 10 h 20. À 10 h 20… pas de taxi. Évidemment.

Je prends alors mon courage à deux mains et le téléphone dans l’autre et j’appelle. La dame au bout du fil ne parle ni français ni anglais. Parfait. Me voilà propulsée dans la catégorie espagnol de survie niveau avancé. Je lance donc, avec l’assurance d’une touriste qui ne maîtrise absolument pas la langue :

« Taxi ahora, Avenida de Ferrol cincuenta y tres. Ir al aeropuerto… ¡ahora! »

Elle raccroche.

Pardon? Personne ne raccroche au nez d’une grand-mère sans même un petit « au revoir ». Je rappelle donc et je répète mon discours. Cette fois, elle m’interrompt :

« Sí, sí… cincuenta y tres. »

Bon. On progresse. Enfin, je crois. Quelques minutes plus tard, une dame arrive avec son taxi. Victoire! Nous embarquons et je lui montre fièrement l’adresse du terminal d’autobus, situé à l’aéroport. Elle regarde mon téléphone, démarre et nous voilà parties.

Sauf qu’elle nous amène… au terminal d’autobus de la ville.

Je lui montre à nouveau mon téléphone, où il est pourtant écrit noir sur blanc AEROPUERTO. Mais manifestement, mon téléphone et la conductrice ne parlent pas la même langue. Elle repart donc vers l’aéroport. Nous avons ainsi effectué deux courses de taxi pour la modique somme de 35 €. Je ne suis pas particulièrement enchantée, mais je paie le montant exact. Disons que la diplomatie internationale vient de prendre une petite claque.

À partir de ce moment, il nous reste une seule mission : trouver l’autobus. Facile, nous direz-vous? Non. Rien. Pas de BlaBlaCar. Pas d’indication. Pas de panneau. Pas même une petite flèche qui aurait pu nous dire : « Deux mémés perdues, c’est par ici. »

Je pars donc à la recherche d’une toilette dans l’aéroport, parce qu’après deux taxis et toute cette excitation, il faut savoir gérer ses priorités. Je trouve une personne dans un bureau, j’entre et, miracle, elle me confirme que nous sommes au bon endroit. L’autobus aura simplement quelques minutes de retard. Ça, nous savons gérer.

Finalement, l’autobus arrive. Nous embarquons, sièges 3A et 3B. Nous sommes sept passagers et l’autobus est complet. Tout va bien. Enfin… jusqu’au moment où l’autobus démarre. Je regarde par la fenêtre et je réalise qu’il emprunte exactement le trajet que nous venons de faire ce matin.

À L’ENVERS.

Donc, pendant que nous cherchions désespérément le terminal à l’aéroport, nous aurions pu attendre l’autobus au terminal de la ville. La boucle est bouclée. Nous avons payé 35 € de taxi pour faire un trajet que nous venons maintenant de refaire en autobus. L’Europe nous offre décidément des expériences culturelles très complètes.

Mais nous finissons par poursuivre notre route vers Porto, où nous retrouvons notre nouvel appartement, situé en plein cœur de la ville historique, pour une semaine. Nous déposons nos valises et partons immédiatement à la recherche d’un restaurant. Parce qu’après cette aventure, nous sommes affamées et nos estomacs commencent à faire des revendications sonores.

Nous trouvons un petit resto dans une ruelle et nous plongeons directement dans la gastronomie portugaise. Anne commande un gâteau à la morue(bacalhau) et moi, une francesinha, sorte de croque-monsieur portugais qui semble avoir été conçu par quelqu’un qui trouvait qu’un simple sandwich n’était pas suffisamment décadent. Tout était délicieux.

Demain, nous partons à la découverte des rues étroites et surtout très en pente de notre quartier. Nous allons toutefois éviter de faire trop de promesses. Pour l’instant, nos pieds et nos genoux ne sont absolument pas au courant du programme. On va attendre pour leur annoncer…ça risque de négocier fort.