Deux mémés, une corde à linge et un autobus en enfer

Nous avons enfin pris possession de notre nouvel appartement. Petit, mais confortable. Enfin… confortable pour celle qui n’a pas choisi le sofa-lit!

Anne a décidé que ce serait son royaume pour la nuit. Le problème, c’est que pour se coucher, elle doit se contorsionner comme une acrobate du Cirque du Soleil. Et surtout, elle doit penser à éteindre la lumière avant de se coucher, sinon elle doit recommencer la manœuvre au complet. À notre âge, on évite les mouvements inutiles. On ne sait jamais si on va réussir à revenir à la position verticale.

Mais Anne a découvert quelque chose qui la rend parfaitement heureuse : une corde à linge!

Oui, mesdames et messieurs. Pendant que certaines personnes rêvent de tapas, de sangria ou de monuments historiques, Anne, elle, s’émerveille devant une corde à linge. C’est maintenant officiel : Anne est devenue inspectrice européenne des électroménagers et des cordes à linge.

Il paraît que je ne sais pas comment placer les vêtements correctement.  J’ai donc dû retirer quelques morceaux, les replacer et réorganiser le tout selon les normes internationales de séchage du linge. Il semble même exister un manuel invisible que seule Anne peut consulter, puisqu’elle en connaît chaque règle par cœur.

À ce rythme-là, il ne manquerait plus qu’elle sorte son ruban à mesurer pour vérifier si le chandail doit être placé à 42 degrés d’inclinaison afin d’obtenir un séchage parfaitement équilibré. Une chose est certaine : nous avions probablement la plus belle corde à linge de tout le bloc.

Après cette importante mission domestique, nous sommes parties pour une nouvelle aventure : l’autobus à deux étages, à arrêts multiples. Le genre d’activité touristique qui semble merveilleuse sur la brochure : autobus ouvert, vue panoramique, découverte de la ville… La brochure avait simplement oublié un petit détail : 36 degrés et un soleil qui avait décidé de nous faire cuire à point.

Installées à l’étage supérieur, nous avons profité du paysage… jusqu’à ce que notre corps nous informe que nous étions officiellement en train de devenir des légumes grillés. Lorsque nous avons enfin quitté nos sièges, nous avons découvert que l’arrière de nos pantalons était complètement trempé. Élégance européenne : niveau zéro.

Après quelques heures de visite, nous sommes donc revenues bien sagement à l’appartement. Et c’est là que notre cerveau, qui fonctionne manifestement avec un délai de livraison international, nous a rappelé un détail : ce matin, nous avions descendu la rue pendant une éternité pour prendre l’autobus. Il fallait maintenant la remonter. À 36 degrés. Avec nos jambes qui avaient déjà remis leur démission.

Nous avons donc serré les dents, penché la tête pour surveiller attentivement où nous mettions les pieds et prié tous les saints du ciel de nous donner un petit coup de pouce… ou, à défaut, de nous pousser dans le derrière pour nous faire avancer. Et dire qu’on appelle ça des vacances.

Nous, on appelle ça un programme intensif de survie européenne pour grand-mères en mission.