Du bin bon monde au mini-macaroni: carnet de survie de deux grand-mères en France

Parle-t-on si mal au Québec? 

J’écoute les gens parler ici et, sincèrement, je ne comprends toujours pas ce qui est si difficile à comprendre chez nous. À plusieurs reprises, on nous répond même en anglais! Pourtant, nous utilisons les bons mots… enfin… les bons mots québécois. Nuance importante. 

Aujourd’hui, par exemple, un homme discutait avec Anne. Il lui racontait qu’il aimerait beaucoup venir s’installer au Québec parce qu’il trouvait les Québécois tellement gentils. Anne, dans toute sa simplicité, lui répond :« On est du bin bon monde! »

Le monsieur fronce les sourcils.« Du quoi? Du binne bonne monne? ».

Je décide alors d’intervenir pour sauver la réputation linguistique du Québec. « Non, non… du bien bon mondeeeee! » Rien, le néant. Le français venait officiellement de nous abandonner. 

Plus tard, nous nous retrouvons dans un escalier en colimaçon tellement étroit qu’on aurait pu demander un permis de construction pour se croiser. Un jeune garçon descend pendant que nous montons. Arrivé face à Anne, il reste planté là. 

Anne lui dit alors :« Attends minute! » Traduction québécoise officielle : « Tasse-toé un peu, mon jeune! » Le garçon finit par bouger. Sa mère, curieuse, lui demande ce que la dame lui a dit. Réponse du petit :« Je sais pas… elle parle pas français. » Voilà. C’est confirmé. Nous sommes officiellement devenues étrangères dans notre propre langue. 

Mais finalement, on s’amuse beaucoup avec ça. On se taquine, on se moque de nous-mêmes et ça fait du bien. Après tout, voyager, c’est aussi découvrir que deux peuples peuvent parler la même langue tout en ayant besoin d’un interprète. 

🏰 Carcassonne : des marches, encore des marches… et toujours des marches!

Hier, direction Carcassonne, et pour une fois, tout s’est déroulé comme prévu : transport impeccable, visite du château, promenade sur les remparts… bref, une journée presque suspectement parfaite. 

Nous avons monté des marches. Beaucoup de marches. Dans le feu de l’action, j’ai complètement oublié de les compter. Heureusement, Google Health était là pour jouer les comptables. Verdict : l’équivalent de 37 étages! Et je peux vous confirmer que ce n’étaient pas des marches IKEA fraîchement installées. Non. C’étaient des marches de bois, de pierre, de brique, croches, larges, étroites, hautes, basses et surtout inégales juste assez pour vous rappeler que vous n’êtes plus une gazelle de 25 ans. J’ai passé tellement de temps à regarder où mettre mes pieds que j’ai parfois oublié de regarder le paysage.

⛪ Albi : quand la brique se prend pour une œuvre d’art

À Albi, dans la vieille ville médiévale, nous avons découvert la plus grande cathédrale de briques au monde. De l’extérieur, elle impressionne déjà par sa taille. Mais c’est lorsqu’on entre que la magie opère. Il n’y a pratiquement pas un centimètre carré laissé tranquille. Tout est peint! Les fresques, les voûtes, les murs, les toiles… les couleurs se succèdent partout. On passe donc d’une immense forteresse de briques à un intérieur complètement spectaculaire. Deux villes totalement différentes, mais qui valent vraiment le détour. On se retrouve transportées à l’époque des chevaliers, où la cotte de mailles était probablement la tenue de prédilection des hommes et où les femmes portaient suffisamment de couches de tissu pour pouvoir survivre à trois hivers québécois. Sauf qu’aujourd’hui, avec un soleil et un ressenti de 40 degrés, la cotte de mailles aurait été remplacée par un maillot de bain. Comme disent les Français : ça crame! 

🍽️ Chronique gastronomique : mange, mais assume!

À Carcassonne, le cassoulet est partout. Et franchement, c’est bon. Très bon même. Mais si vous digérez les légumineuses avec difficulté, ou même si votre système digestif est habituellement coopératif, soyez prévenus : le cassoulet peut laisser des souvenirs. Des souvenirs sonores. Des souvenirs olfactifs. Des souvenirs dont personne ne vous demandera de raconter les détails. 

À Albi, nous avons choisi au menu des coquillettes à la crème de truffe. Nous avons attendu nos coquillettes. Puis nous avons regardé notre bol et avons regardé encore. On cherchait les coquillettes. Finalement, nous avons compris : c’étaient des mini-macaronis. Encore une fois, problème de communication. Après le « binne bonne monne », le « attends minute » et maintenant les coquillettes qui ne sont pas vraiment des coquillettes…

👣 Et nos pieds dans tout ça?

Aujourd’hui : 13 000 pas derrière la cravate! Nos pieds commencent sérieusement à remettre en question nos choix de destinations. Ils nous regardent maintenant avec suspicion lorsqu’on dit : « Demain, on va visiter une autre vieille ville! » Je crois qu’ils commencent à préparer une grève générale. Et honnêtement… après 37 étages, des escaliers médiévaux et 13 000 pas, je ne serais pas surprise qu’ils déposent un préavis. Mais bon… demain, on verra bien où nos jambes, nos pieds et notre français approximatif nous mèneront! Une chose est certaine : on n’est pas sorties de l’auberge… surtout si elle est située en haut d’un escalier!