León : quand le tourisme décide de nous compliquer la vie

Nous sommes maintenant bien installées à León, dans une petite rue piétonnière, avec une pharmacie et une épicerie juste en face. Autrement dit, nous avons atteint le summum du luxe pour deux grand-mères voyageuses : pas besoin de chercher nos médicaments ni notre souper à trois kilomètres!

La température, elle, semble avoir des problèmes d’identité. 35 degrés le jour et 16 la nuit. On se couche les fenêtres grandes ouvertes en se disant que c’est merveilleux de dormir au frais. Et au réveil, on se demande si quelqu’un n’aurait pas subtilement déplacé notre appartement en Islande pendant la nuit. On se lève en claquant des dents, avec l’impression d’avoir dormi dans un réfrigérateur laissé ouvert.

Après le déjeuner, nous décidons de faire un tour du petit train touristique. Excellente idée, pensons-nous. Le train va nous permettre de découvrir la ville sans avoir à utiliser nos jambes, qui commencent sérieusement à négocier leurs conditions de travail. L’objectif est surtout de repérer les endroits qui méritent une visite. Nous nous rendons donc à l’endroit indiqué sur notre plan. Nous attendons. Nous regardons à gauche. À droite. Rien.

Pas de train.

Nous attendons encore, au cas où le petit train espagnol fonctionnerait avec la même ponctualité que certains transports rencontrés depuis le début du voyage. Finalement, nous décidons d’aller au bureau d’information touristique. Et là, grande nouvelle : en raison des travaux dans les rues, le petit train touristique n’existe plus pour l’instant. Voilà. Simple comme ça.

Nous venions de passer notre premier test touristique de León : trouver une attraction qui n’existe plus. 10 sur 10 pour l’orientation, 0 sur 10 pour l’information. On se rend à la chapelle de la cathédrale. J’ai une promesse de messe à respecter, et une grand-mère en mission spirituelle ne se laisse pas décourager par l’absence d’un petit train.

Nous nous retrouvons avec une trentaine de dévots. La messe commence et, évidemment, tout le monde connaît les paroles… sauf nous. Alors nous adoptons la technique universelle de la personne qui ne comprend rien : on regarde les autres et on bouge les lèvres en espérant que ça ait l’air crédible. Nous marmonnons donc avec beaucoup de conviction, sans absolument aucune idée de ce que nous sommes en train de dire. Mais nous sommes particulièrement fières de nous lorsqu’arrive le moment de souhaiter la paix à nos voisins.

Nous nous tournons vers eux avec notre plus beau sourire et lançons fièrement : « Que la paz esté con estedes! » Bon… ce n’est peut-être pas tout à fait ça et puis il y a l’accent.  Mais l’intention était excellente. Et après tout, Dieu doit bien avoir un petit service de traduction pour les Québécoises en voyage.

Nous poursuivons ensuite notre visite de la magnifique cathédrale avant de partir à la recherche d’un lunch. Et là, nouvelle surprise : les portions sont gigantesques et les prix presque dérisoires.

J’en profite pour goûter au plat typique de la région : la morcilla, une préparation à base de sang de porc crémeux et d’oignons. Dit comme ça, ça ne vend pas exactement le plat comme une publicité de restaurant cinq étoiles. Et pourtant, j’ai aimé ça! Ça ne ressemble pas du tout au boudin de mon enfance, ou du moins au boudin dont je me souviens. Ma mémoire gastronomique n’est peut-être plus ce qu’elle était, mais mes papilles, elles, ont donné leur approbation.

Nous poursuivons notre promenade jusqu’au Puente de San Marcos, un pont emprunté par les pèlerins qui font le Chemin français de Compostelle. 

Sur notre chemin pour aller au pont, nous avons fait une autre découverte qui nous laisse encore perplexes : à partir de 13 h, la plupart des magasins sont fermés.

Alors là, plusieurs hypothèses s’imposent.

Est-ce l’heure du lunch? Est-ce la sieste? Est-ce parce qu’on est lundi? Ou est-ce simplement que tout le monde a décidé qu’à 13 h, la vie peut bien attendre? Nous avons beau chercher une explication, rien n’est clair. Au Québec, à 13 h, les commerces sont généralement ouverts et les employés sont à leur poste, café à la main, prêts à servir le prochain client. Ici, à León, à 13 h, rideau baissé, porte barrée et tout le monde disparu! Nous avons donc décidé de ne pas insister. Après tout, nous sommes en vacances et il faut respecter les coutumes locales. Mais une chose est certaine : si jamais on trouve un magasin ouvert à 14 h, on va probablement prendre une photo. Ça va devenir une attraction touristique!

Sur le pont, nous espérions y voir une procession de pèlerins, sacs énormes sur le dos, bâtons à la main et regard déterminé vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Rien. Pas un seul pèlerin sur le pont. Par contre, nous en avons croisé plusieurs dans le centre de León en début d’après-midi. Et là, nous avons compris que ces gens ne faisaient pas simplement une petite randonnée dominicale.

35 degrés, un sac à dos gros comme une valise de grand-mère et des kilomètres de marche dans les jambes. À ce niveau-là, leurs pieds ne méritent plus seulement une médaille. Ils méritent une pension, une retraite anticipée et probablement un massage payé par l’État espagnol.

Pendant ce temps, nous, deux grand-mères québécoises, sommes simplement fières d’avoir survécu à une journée sans petit train touristique. Et nos pieds ont contribué sans rechigner cette fois-ci, il faut dire avec l’aide de tylenol et d’advil.