
Nos pieds ont enfin cessé de nous envoyer des mises en demeure. Ils sont reposés, et tout le reste aussi. Miracle! Nous décidons donc de rester tranquilles ce matin et, surtout, d’attendre sournoisement 14 h avant de mettre le nez dehors. Faut quand même pas exagérer.
À 14 h tapant, nous quittons l’appartement en direction du palais royal. Le métro se trouve à environ 400 mètres. Nous montons donc dans le métro, faisons un seul arrêt, puis débarquons pour marcher les derniers 400 mètres. Vous avez fait le calcul? Le palais est à 900 mètres de notre appartement. Nous venons donc de parcourir seulement 800 mètres au lieu de 900.
100 mètres de sauvés! Une victoire monumentale!
Bon, il faut préciser que nous avons une carte de transport avec dix utilisations et qu’il nous en reste encore cinq. Alors, tant qu’à avoir payé, nous allons les utiliser jusqu’à ce que mort s’ensuive. Même pour traverser la rue, nous sommes capables de chercher une station de métro.
Nous arrivons finalement au Palais royal de Madrid. Rien de moins. Nous nous dirigeons vers l’entrée réservée à ceux qui ont acheté la visite des cuisines. Et là… surprise! Nous avons l’impression d’être transportées directement dans le sous-sol de Downton Abbey. Ou plutôt dans Downtown Madrid, version royale.
Tout y est : les énormes poêles, les fours, les moules de toutes les formes, les tables de travail, les couteaux et toutes sortes d’ustensiles capables de nourrir un régiment de nobles affamés. On imagine très bien monsieur Carson circulant d’un air sérieux en donnant ses directives pendant que madame Patmore hurle ses ordres à Daisy.
Personnellement, j’aurais bien aimé repartir avec quelques moules en cuivre. J’aurais pu les ramener à la maison et faire des soufflés, des gâteaux et des mousses. Évidemment, transporter du matériel de cuisine royal dans une valise déjà pleine aurait probablement nécessité une deuxième valise… et peut-être un troisième dos.
Nous poursuivons ensuite notre visite dans les longs corridors du palais. Tapisseries, lustres gigantesques, meubles somptueux… tout respire une autre époque, une autre vie, un autre monde. Puis arrive la salle à manger. Immense.
La table est dressée et il y a tellement de couverts et de verres que nous avons rapidement compris une chose : si on nous avait demandé de nous asseoir à cette table, nous aurions probablement mangé avec nos doigts en espérant que personne ne remarque notre ignorance protocolaire.
Parce qu’ici, en Europe, les rois et les reines font partie de l’Histoire. Au Québec, nous avons bien notre roi de la patate, mais disons que la monarchie n’a pas exactement le même standing.
Chez nous, le protocole est beaucoup plus simple : on mange nos frites bien graisseuses avec les doigts ou une fourchette en plastique, avec une bonne dose de vinaigre, le tout servi dans un sac en papier.
Et franchement? C’est délicieux. Pas besoin de 14 verres différents pour apprécier ça.
Nous terminons notre visite par la cathédrale de l’Almudena, située juste en face du palais. Une belle visite, somme toute, qui nous ramène tranquillement à nos origines beaucoup plus modestes.
Et finalement, après avoir vu comment vivaient les rois, nous réalisons que nous ne sommes peut-être pas si mal dans notre royaume à nous. Pas de palais, pas de domestiques, pas de 27 couverts à identifier avant le souper… Mais une liberté totale de faire ce qu’on veut, quand on veut, comme on veut.
Et ça, mesdames et messieurs, c’est une richesse qu’aucun roi ne peut mettre dans une vitrine.
Vive la liberté!









