
Après une nuit de sommeil absolument incroyable, nous voilà fraîches et disposées, prêtes à repartir à l’assaut de Porto. GPS en poche, nous mettons le cap sur la cathédrale. Elle est située à environ 150 mètres de notre appartement. Dans notre tête, c’est une petite marche de deux ou trois minutes, le temps de se rendre compte qu’on a oublié quelque chose.
C’était sans compter sur la petite particularité de Porto : les collines.
C’est fou comme une pente peut soudainement transformer 150 mètres en expédition himalayenne. On monte, on monte encore, on ajoute quelques escaliers pour le plaisir et, après une bonne dizaine de minutes, nous atteignons enfin la cathédrale. Les mollets commencent déjà à déposer une plainte officielle.
À l’entrée, il faut payer. J’ai maintenant pris l’habitude de demander systématiquement le tarif senior. Ici, les cheveux gris ont enfin une valeur marchande! Nous avons même perfectionné notre stratégie en cas de demande de preuve d’âge. Si on me demande une pièce justificative, je sors ma carte d’assurance maladie. Anne, elle, brandit son permis de conduire en le tenant de façon stratégique pour que personne ne voie la photo. Une opération digne d’un film d’espionnage, version résidence pour retraités. Jusqu’à maintenant, personne ne nous a demandé notre certificat de naissance. On respire.
Nous trouvons deux places dans les bancs lorsqu’un couple âgé nous demande s’il peut s’asseoir avec nous. L’église est pleine, alors, dans un grand élan de générosité chrétienne, nous nous tassons. Disons que nous sommes maintenant trois personnes et demie sur deux places, mais quand on veut faire une bonne action, on ne regarde pas l’espace personnel. Après la célébration en portugais, nous prenons le temps de visiter la cathédrale avant de sortir prendre quelques photos. Et voilà que nous recroisons le couple qui avait partagé notre banc.
L’homme me remercie chaleureusement, puis nous demande simplement d’où nous venons. Anne, toujours aussi fière de ses origines, répond immédiatement :
« Canada! »
Et là, surprise! L’homme s’approche d’Anne et la prend carrément dans ses bras. Il nous explique qu’il est Américain et qu’il aime les Canadiens.
Nous voilà émues.
Finalement, malgré tout ce qu’on entend, tout n’est peut-être pas perdu entre les deux pays. Une étreinte dans une cathédrale portugaise vient de sauver les relations canado-américaines. Nous repartons avec le cœur léger et Anne probablement convaincue qu’elle vient de se faire un nouvel ami international.
Nous nous dirigeons ensuite vers la gare pour vérifier si elle est vraiment aussi belle que ce qu’on nous en dit. En chemin, nous croisons un petit train touristique. Bingo!
Pourquoi marcher quand on peut payer quelqu’un pour nous promener? Nous embarquons donc pour une balade de 50 minutes à travers Porto. Cinquante minutes de collines et de pavés inégaux. Disons que notre derrière a découvert une nouvelle forme de tourisme : le massage portugais sans rendez-vous. À chaque cahot, nos organes internes changeaient de place. À la fin du trajet, nous étions probablement les seules touristes à avoir visité Porto tout en ayant subi une réorganisation complète du squelette.
De retour, nous arrêtons à la gare pour prendre quelques photos, puis nous nous installons sur une terrasse pour manger. Et là, catastrophe. Pour la première fois depuis notre départ du Québec, nous avons détesté notre repas. Nous avions commandé la spécialité du coin : de la morue. Nous pensions avoir droit à un délicieux poisson portugais. Nous avons plutôt reçu une sorte de chasse au trésor avec des arêtes.
À la première bouchée, mes yeux se sont écarquillés. Je cherche frénétiquement ma serviette pour y déposer l’énorme morceau que j’avais en bouche. Parce qu’il y a une chose que je refuse catégoriquement de faire au restaurant : travailler dans mon assiette. Quand je paie pour un repas, j’estime que le cuisinier doit faire le travail. Je ne suis pas venue au Portugal pour obtenir un poste à temps partiel dans la préparation de poisson. En plus, les légumes manquaient de cuisson et l’œuf dur, lui, avait manifestement été cuit pour l’éternité.
Nous nous sommes regardées et avons pris une décision ferme : La morue vient d’être rayée du menu pour les prochains jours.
Notre dernière découverte de la journée fut l’église Santa Clara. Une véritable église fantôme tellement elle est bien cachée. Sans les indications d’un comptoir touristique, nous serions probablement encore en train de tourner autour en demandant au GPS pourquoi il nous déteste. Elle se trouve derrière une arche en béton, au bout d’une petite ruelle en impasse. De l’extérieur, rien de spectaculaire. Mais dès que nous sommes entrées…
Boum!
Nous avons eu le souffle coupé. L’intérieur est absolument magnifique. Une véritable surprise, le genre d’endroit qui vous rappelle qu’il ne faut jamais juger une église à sa façade. Santa Clara venait de gagner haut la main le prix de la cachette la mieux gardée de Porto.
Nous rentrons finalement à l’appartement après un arrêt au supermarché. Enfin… au « supermarché », comme disent les Européens. Parce que chez nous, ce qu’ils appellent un supermarché serait plutôt classé dans la catégorie dépanneur avec de grandes ambitions. Nous revenons donc avec nos sacs remplis de boissons fraîches, sous une température de 35 degrés, avec une heure de gagné avec le Québec. On ne sait pas où c’est arrivé, mais nous avons définitivement gagné une heure.
Bref, nous sommes fatiguées, assoiffées, légèrement traumatisées par la morue et notre derrière se remet tranquillement de sa rencontre avec les pavés de Porto. Mais nous sommes toujours debout.
Et demain, qui sait quelle autre aventure attend deux mémés armées d’un GPS, d’un billet senior et d’une confiance totalement disproportionnée en leurs capacités physiques?







