
Il y a des jours où on n’a pas envie de faire des activités. On se dit qu’une journée tranquille, sans trop bouger, pourrait être bénéfique. Ne rien faire ou presque peut même réserver de belles surprises.
Bon… aujourd’hui, nous avions décidé de faire exactement le contraire. Nous sommes parties ce matin vers notre point de rencontre pour un circuit d’autobus. Seulement 700 mètres à parcourir. Rien de bien compliqué pour deux grand-mères en pleine forme. Enfin, sur papier. Parce que 700 mètres, quand ça monte et qu’il fait déjà 29 degrés à 10 h 30 le matin, ça change complètement la définition du mot « proximité ». Arrivées au point de rencontre, nous étions déjà trempées comme si nous venions de participer à une épreuve olympique de montée d’escaliers.
Et hop! On embarque dans l’autobus.
C’est là que je me suis rendu compte que je n’avais pas vérifié le circuit. Évidemment, ce n’était pas celui que nous avions prévu. Mais nous avons fait ce que toute personne raisonnable fait dans cette situation : nous avons gardé un air parfaitement détendu et décidé que, puisque nous étions là, nous allions faire celui-là. À la fin, nous n’aurions qu’à débarquer et sauter dans l’autobus rouge.
Simple.
Sauf qu’en débarquant, tout le monde avait manifestement reçu la consigne de courir. Les gens sont plus rapides que nous et, le temps de nous retourner, l’autobus rouge était déjà plein. Plus une place. Pas grave. Nous attendrons le prochain. Environ 20 minutes. Il arrive finalement et nous nous installons au deuxième étage, comme de bonnes touristes. Deuxième étage signifie évidemment plus près du soleil. Et aujourd’hui, le soleil avait décidé de nous cuire à feu vif.
La température avait grimpé à 35 degrés et mes fesses avaient officiellement fusionné avec le siège. J’aurais probablement pu repartir avec le dossier collé derrière moi. Et comme si la chaleur ne suffisait pas, le chauffeur nous a offert une expérience digne d’un manège de La Ronde. Il avait le pied particulièrement lourd sur les freins et, à chaque coup de pédale, nous faisions gracieusement le mouvement avant-arrière. Une sorte de tango touristique, mais sans musique et avec beaucoup de sueur.
Nous n’avons toutefois pas pu nous empêcher de nous interroger sur les normes de construction en matière d’électricité. À plusieurs reprises, nous avons aperçu des fils attachés ensemble sans ordre apparent, pendouillant joyeusement sur le côté des bâtiments, comme s’ils avaient décidé de prendre l’air. Les normes ne doivent sûrement pas être les mêmes que celles de la Régie du bâtiment du Québec. Ici, l’électricité semblait tenir moins grâce à une réglementation rigoureuse qu’à quelques nœuds bien serrés, du ruban adhésif, beaucoup d’optimisme et une petite prière au cas où.
Nous avons tout de même profité du parcours pour repérer les monuments que nous aimerions visiter d’ici la fin de notre séjour. Il faut bien rentabiliser les secousses. À la fin du circuit, nous sommes allées nous installer sur une jolie terrasse pour boire et manger. En prime, nous avons eu droit au spectacle d’un vieux magicien qui semblait se prendre pour David Copperfield. Disons qu’il avait le même enthousiasme… mais probablement pas le même budget. Après cette pause bien méritée, nous avons vérifié notre position. Tiens donc! Le marché central de Porto était à environ 700 mètres.
700 mètres.
Nous avions déjà survécu à 700 mètres ce matin. Qu’est-ce qui pouvait mal tourner? Manifestement, nous n’avions toujours pas appris. Nous sommes donc parties à la découverte du marché. Toujours dans un magnifique dénivelé positif. Mais, comme nous sommes des femmes optimistes, nous nous répétions que ce serait forcément plus facile au retour. C’est fou comme deux mémés peuvent développer une foi presque religieuse dans le principe du « ça va être plus facile en revenant ».
En chemin, nous avons rencontré un groupe d’étudiants universitaires dont la mission était de ramasser de l’argent. Les nouveaux avaient comme tâche d’aborder les passants, accompagnés d’étudiants plus expérimentés qui semblaient là pour superviser les opérations. Nous avons toutefois remarqué un détail assez amusant : les étudiants expérimentés portaient de gros manteaux de laine noirs, tandis que les nouveaux étaient en chandail de coton ouaté à manches longues.
Mais je n’ai pas pu m’empêcher de leur offrir, à mon tour, un petit cours accéléré de vente. Après tout, tant qu’à solliciter deux mémés étrangères en pleine canicule, aussi bien apprendre à transformer la sueur en argumentaire. Je leur ai donc expliqué que, pour convaincre efficacement, il fallait peut-être commencer par éviter de ressembler à une équipe de randonnée polaire au milieu d’un four portugais.
Enfin arrivées au marché, nous étions ravies de découvrir tous les étals : fruits et légumes, charcuteries, fleurs, fromages, pâtisseries, vins et toutes sortes de bonnes choses capables de faire oublier instantanément les 700 mètres, les côtes et la température infernale. Nous avons donc fait quelques provisions de fruits et légumes pour notre souper.
Mission accomplie.
Et maintenant, il ne restait plus qu’à refaire les 700 mètres en sens inverse. Notre seule consolation : c’était en descendant. Enfin… normalement. Parce qu’avec Porto, on a appris qu’il vaut mieux ne jamais faire confiance à une colline.





