
On a beau aimer l’aventure, il y a quand même des limites! Nous aimons savoir où nous allons, comment nous allons nous y rendre et, surtout, dormir sur nos deux oreilles. Enfin… quand nos oreilles ne sont pas occupées à écouter nos réveils sonner! Pour notre départ de Toulouse, nous avions donc décidé de jouer la carte de la prévoyance. La veille, nous prenons soin de réserver un taxi pour nous conduire à la gare. La réservation est confirmée par l’entreprise. Parfait! Nous voilà rassurées et confiantes. Le départ est prévu, le taxi est réservé, les valises sont prêtes. Bref, la vie est belle.
C’était sans compter sur le petit grain de sable qui adore se glisser dans nos plans parfaitement huilés.
Le lendemain matin, à 8 h 29, nous recevons un courriel nous informant que nous devons appeler le chauffeur pour confirmer notre destination
.Petit détail : notre train part bientôt. Très bientôt.
Anne active donc sa ligne téléphonique, appelle le chauffeur et découvre avec stupéfaction que… notre taxi n’a jamais reçu la demande! Et, pour ajouter une petite pincée de stress à la recette, monsieur est présentement à l’aéroport.
Nous voilà donc avec deux valises, des sacs à dos, un train à attraper et un taxi qui ignore totalement qu’il est censé venir nous chercher. Le chauffeur nous donne le numéro de la centrale. Anne appelle immédiatement et explique notre situation avec toute la diplomatie possible entre deux respirations courtes.
8 h 45 : rien.
8 h 50 : toujours rien.
À ce stade, nous commençons à envisager sérieusement de transporter nous-mêmes nos valises jusqu’à la gare. Nos pieds, eux, avaient probablement déjà envoyé leur lettre de démission.
Anne rappelle. Cette fois, bonne nouvelle : le taxi est en route!
Les minutes s’égrènent. Notre niveau de stress, lui, grimpe beaucoup plus vite.
Puis, miracle mécanique : le taxi apparaît enfin! Le chauffeur nous confirme qu’il peut nous conduire à la gare en 13 minutes. Treize minutes? Dans notre état, ça sonne presque comme un miracle de Lourdes.
Et il a tenu parole!
Nous arrivons à la gare quelques minutes seulement avant le départ. Juste assez de temps pour monter dans le train, déposer nos bagages et reprendre notre souffle… enfin, après avoir vérifié trois fois que nous étions bien dans le bon train.
Conclusion du jour : prévoir les imprévus, c’est bien. Prévoir que les imprévus ne liront pas notre plan, c’est encore mieux. Maintenant, retour à notre activité préférée : faire un plan de match! Dans une semaine, direction Madrid. 🇪🇸 Cette fois, nous allons essayer de prévoir absolument tout. Enfin… autant que possible.
Parce qu’après Toulouse, nous savons maintenant une chose : le voyage a toujours le dernier mot!
Barcelone : quand le train décide de jouer les prolongations
Vous pensiez que tout était enfin réglé? Que nous étions confortablement installées dans nos sièges, en route vers Barcelone, et que, pour une fois, la journée allait se terminer sans nouvelle catastrophe? Erreur. Grossière erreur. Bien assises dans notre train, nous savourions presque notre victoire lorsque, arrivées à Girona, une annonce nous tombe dessus : problème technique! Tout le monde doit descendre du train et prendre un train régional pour poursuivre le voyage jusqu’à Barcelone. Évidemment, quand on dit « tout le monde », on ne parle pas de trois ou quatre personnes qui auraient oublié leur sandwich. On parle de 600 voyageurs! Six cents personnes à replacer dans un autre train. Autrement dit, une petite migration humaine avec valises, sacs à dos et regards légèrement paniqués.
Nous débarquons donc du train et, à ce moment précis, je donne à Anne la consigne qui me semble la plus logique :
« Suis la foule. »
Et de la foule, il y en a! Sur le quai, trois ou quatre rangées de voyageurs attendent impatiemment le prochain train. Nous nous plaçons dans la troisième rangée, bien sagement, comme deux bonnes élèves. Puis arrivent trois jeunes qui décident que notre rangée manque visiblement de personnalité et viennent se placer directement devant nous. Normalement, j’aurais sorti les griffes. J’aurais probablement fait comprendre, avec mon regard de grand-mère québécoise en territoire hostile, que la file commence derrière nous.
Mais là…J’ai laissé faire.Je ne me reconnaissais plus.Anne non plus, probablement.Le train arrive et soudain, c’est la ruée vers les portes. Plus question de civilité, de priorité ou de « chacun son tour ». C’est maintenant Koh-Lanta : édition ferroviaire espagnole.À notre tour d’entrer, nous constatons que le train est déjà rempli à craquer. Les gens sont debout, collés les uns aux autres, entassés comme des sardines en conserve, sauf qu’ici, personne n’a demandé à être mis en boîte.Je regarde Anne.
« Je ne peux pas entrer là-dedans. Je vais étouffer. »
Et franchement, je préfère arriver à Barcelone vivante, même avec trois heures de retard.
Les fameux jeunes qui s’étaient placés devant nous réussissent, eux, à s’interposer et à entrer dans le train. Comme quoi, leur stratégie était impeccable. Nous, pendant ce temps, nous respirons encore de l’air frais. C’est déjà ça.
Je trouve le contrôleur et lui explique la situation. Il me confirme qu’un autre train doit arriver dans quelques minutes. Parfait! Nous attendons. Et cette fois, miracle ferroviaire : lorsque le train arrive, nous sommes les premières à entrer. Pas question de se faire doubler deux fois dans la même journée. Nous trouvons même des places assises! Le luxe absolu. Trois heures plus tard, nous entrons enfin en gare de Barcelone. Nous avons quitté Girona en voyageuses et nous arrivons à Barcelone avec l’expérience de deux vétéranes du transport ferroviaire européen.
Mais ce n’est pas terminé. Il faut maintenant trouver un taxi. Nous en trouvons un. Et notre chauffeur, probablement animé par l’envie de nous faire découvrir Barcelone sous tous ses angles, nous promène un peu plus que nécessaire avant de nous déposer à destination.
Mais cette fois, nous touchons enfin au but!
Ce qui devait être une journée tranquille et relaxante s’est finalement transformé en parcours du combattant : changement de train, 600 voyageurs à gérer, foule compacte, jeunes qui nous passent devant, train bondé, attente sur le quai et taxi qui décide de faire du tourisme avec nous.
Bref, une journée parfaitement ordinaire pour deux mémés québécoises en mission de survie européenne.
Et malgré tout…Nous avons relevé tous les défis haut la main. Bon… avec quelques soupirs, quelques regards assassins et probablement deux ou trois cheveux blancs de plus. Mais nous sommes arrivées à Barcelone. Et ça, mes amis, c’est une victoire.