
Aujourd’hui, journée de repos… enfin, façon de parler! Au programme : visite de la Sagrada Familia avec une guide en français. C’est du moins ce que promettait notre billet. Et techniquement, le billet n’avait pas menti. La guide était espagnole et parlait français avec un accent tellement prononcé que Jésus est rapidement devenu Yézous. Nous étions à deux doigts de découvrir un nouveau personnage biblique.
Comme ce sera probablement notre dernière visite à Barcelone, Anne et moi trouvions important de comprendre l’histoire de cette impressionnante basilique, dont la construction semble avoir adopté le principe suivant : « Rome ne s’est pas faite en un jour… alors pourquoi se presser? » Il resterait encore une dizaine d’années de travaux. À ce rythme-là, les grues auront probablement droit à leur propre plaque commémorative!
Justement, les grues sont omniprésentes. Elles montent, descendent, bougent, travaillent… bref, elles ont l’air d’avoir un horaire beaucoup plus chargé que nous. En observant attentivement, on aperçoit même des travailleurs, solidement harnachés, tout là-haut entre deux colonnes. Nous, on est au sol et on trouve déjà ça haut. Eux semblent avoir signé pour une vue panoramique permanente!
La Sagrada Familia impressionne par ses dimensions, mais aussi par ses trois façades sculptées qui racontent différentes étapes de la vie de Jésus : sa naissance, sa mort et sa gloire. La guide nous explique tout cela avec passion. Enfin… elle explique surtout avec passion sous un soleil qui, lui aussi, semble avoir décidé de participer à la visite.
Une dame commence d’ailleurs à se sentir mal. La guide, munie de son micro, continue de communiquer avec tout le groupe, ce qui fait que nous entendons également, en direct, les échanges concernant la pauvre dame. Nous sommes tous équipés d’un audioguide autour du cou et, pour ma part, mes écouteurs ont décidé de faire grève à temps partiel : l’oreille droite travaille, l’oreille gauche est en congé syndical.
Nous avons donc chaud, nous essayons de suivre les explications et nous attendons avec impatience d’entrer enfin à l’intérieur. Mais voilà qu’un monsieur entreprend une longue série de questions à la guide. Une question. Puis une autre. Puis encore une autre. La guide répond consciencieusement. Nous, pendant ce temps, nous cuisons. À un moment donné, Anne et moi avons probablement atteint ce stade spirituel où l’on ne cherche plus la lumière divine, mais simplement un endroit à l’ombre.
Finalement, nous entrons. Et là… WOW! Ou plutôt : « Ishhhh… » Parce que nous ne nous attendions vraiment pas à ça. Épurée serait presque un euphémisme. À l’intérieur, on retrouve des bancs au milieu, d’immenses colonnes tout autour et des vitraux qui diffusent une lumière magnifique. Et c’est à peu près tout. Est-ce beau? Honnêtement, nous n’avons pas encore décidé. C’est moderne, incontestablement. La nature est omniprésente dans les formes, les colonnes et l’architecture. Tout est pensé, travaillé et spectaculaire. Mais pour nous, il manque quelque chose.
Nous nous attendions peut-être à retrouver davantage d’objets liturgiques, de statues ou d’éléments de dévotion qui invitent naturellement au recueillement. Ici, notre regard est davantage attiré vers l’architecture, les volumes et la lumière que vers la dimension traditionnelle d’une église. Alors, est-ce magnifique? Est-ce trop moderne? Est-ce génialement différent? Est-ce simplement une question de goût et d’habitude?
WOW ou ISHSHSH…
Nous allons dormir là-dessus. Après tout, il paraît que la nuit porte conseil. Et demain, nos deux cerveaux de voyageuses pourront reprendre le dossier avec l’aide précieuse du café.








