Une journée de flânage… qui finit par 8 kilomètres et 27 étages

Nous n’avions rien de prévu aujourd’hui. Et quand je dis rien, c’est vraiment rien. Dans notre programme de voyage, nous nous gardons toujours une journée de flânage, de magasinage et de niaisage, question de laisser nos corps récupérer avant de leur imposer une nouvelle épreuve olympique le lendemain.

Nous avons donc déjeuné tranquillement, sans alarme, sans course, sans excursion à 7 h du matin. Le grand luxe!

Après réflexion, nous avons décidé de refaire certaines rues que nous avions parcourues les jours précédents. Nous avions repéré dans quelques vitrines des objets qui nous tentaient. Évidemment, nous avions eu la brillante idée de ne pas les acheter sur le coup. Résultat : impossible de les retrouver. Nous avons donc marché, cherché, tourné et retourné comme deux détectives à la recherche d’un crime dont nous étions nous-mêmes les victimes. En poursuivant notre promenade, nous avons visité l’église Santo Ildefonso, puis nous avons décidé de rejoindre le haut du pont Luís 1 pour prendre quelques photos.

Erreur stratégique.

Comme le métro aérien circule également sur le pont, l’espace réservé aux piétons est plutôt du genre « débrouillez-vous pour passer ». L’allée est étroite, les touristes arrivent dans les deux sens, certains s’arrêtent brusquement pour prendre des photos et d’autres semblent croire qu’ils sont seuls au monde. Après quelques manœuvres dignes d’un match de rugby, quelques coups de coude et plusieurs « excusez-moi » prononcés avec un sourire de moins en moins convaincant, nous avons décidé que la photographie du pont n’était finalement pas une question de vie ou de mort.

Demi-tour!

Nous avons poursuivi notre périple avec un nouvel objectif : trouver un restaurant sympathique avec un menu qui nous ferait saliver plutôt que soupirer. Et là, nous avons découvert une nouvelle discipline sportive : la recherche du restaurant parfait.

Nous avons tourné dans tous les sens. Nous avons demandé à voir les menus. Nous avons scruté les plats affichés. Nous avons observé les assiettes des clients avec une discrétion toute relative. Bref, nous avons fait une étude de marché digne d’une équipe de consultants. N’allez surtout pas croire que nous sommes difficiles. Mais après notre expérience avec une morue tellement pleine d’arêtes qu’on aurait pu croire qu’on mangeait un squelette marin, nous avons décidé de ne pas tenter une deuxième fois notre chance avec le poisson. Notre dentition mérite encore quelques années de service.

Le problème, c’est qu’ici, les menus semblent avoir été photocopiés dans le même cahier de recettes : sandwichs, burgers, morue sous toutes ses formes, francesinha, riz aux fruits de mer et… tripes. Les pâtes et le poulet semblent avoir demandé l’asile politique ailleurs.

Après avoir parcouru Porto à la recherche d’un repas correspondant davantage à nos goûts, nous avons finalement atterri sur une terrasse au bord du fleuve avec une francesinha et des frites. Bon. On ne peut pas gagner toutes les batailles.

Après le repas, nous avons réfléchi. Puis nous avons réfléchi encore. Et nous nous sommes souvenues que nous avions déjà été sur le haut du pont. Donc, si nous voulions revenir tranquillement vers notre appartement, il fallait simplement remonter jusqu’au niveau supérieur. Petit détail que nous avions momentanément oublié :

IL FAUT REMONTER LA RUE.

Et à Porto, quand on dit « remonter la rue », ce n’est jamais une petite promenade digestive. C’est généralement une ascension qui vous fait remettre en question vos choix de vie. Tant qu’à être si près du fleuve, nous avons continué sur la promenade avant de bifurquer pour visiter l’église San Francisco et admirer le magnifique arbre de Jessé. Malheureusement, les photos y étaient interdites. C’est bien dommage parce que c’était vraiment magnifique. Nous avons donc rangé nos téléphones et regardé avec nos yeux, comme dans le bon vieux temps. Nous en avons profité pour allumer quelques lampions avec une intention très précise :

« S’il vous plaît, faites que la montée du retour ne soit pas trop raide. »

Manifestement, notre demande n’a pas été traitée en priorité. Nous avons finalement repris tranquillement le chemin de l’appartement, en faisant un arrêt hautement stratégique chez Castro, le spécialiste des pasteis de nata.

Après 8 kilomètres de marche et 27 étages, nous estimions avoir amplement mérité quelques petites tartelettes bien garnies. Et quand je dis « quelques », je préfère ne pas entrer dans les détails. Certaines choses doivent rester entre nous, nos pasteis et notre balance.

De retour à l’appartement, nous nous sommes attaquées à une autre activité exigeant beaucoup de courage : réorganiser nos valises qui débordent de partout. À ce stade-ci du voyage, elles ne contiennent plus seulement des vêtements. Elles semblent avoir développé leur propre système de reproduction. Il nous reste encore une semaine à Lisbonne.

Une semaine.

Et nos valises, elles, semblent déjà avoir compris que leur retraite ne sera pas tranquille.