Une journée de grâce… sans même un petit accrochage

Que diriez-vous d’une journée où tout ce que vous voyez est paisible, tout ce que vous entendez est positif et tout ce que vous ressentez est relaxant? Bref, une journée tellement sereine qu’on finit presque par se demander si on est encore en Europe ou si quelqu’un nous a transportées dans une publicité pour le bonheur. C’est exactement ce que nous avons vécu aujourd’hui, après la journée de tumulte d’hier. Et franchement, nos nerfs avaient besoin de vacances… eux aussi.

Après une nuit plutôt courte, nous avons commencé la journée avec des croissants achetés à la boulangerie juste en face de notre nouvel appartement. Rien de plus simple, rien de plus efficace. Deux croissants plus tard, nous étions prêtes à affronter le monde. Enfin… prêtes est peut-être un grand mot, mais disons fonctionnelles.

Nous sommes ensuite parties vers le centre historique de Saint-Jacques-de-Compostelle, à environ deux kilomètres. Sur notre chemin, nous avons commencé à suivre plusieurs pèlerins qui, comme nous, convergeaient vers le même endroit : la cathédrale.

Nous sommes arrivées vers 11 h 15 et avons décidé d’entrer immédiatement. J’avais une promesse à respecter et c’était maintenant que ça se passait. La cathédrale était déjà pleine à craquer. Nous avons réussi à trouver deux places sur les côtés. Pas exactement les fauteuils VIP avec vue imprenable, mais ça nous convenait parfaitement. Après tout, nous pouvions bien laisser les meilleures places aux pèlerins qui venaient de mettre des dizaines de kilomètres dans leurs jambes. Nous, on avait seulement deux kilomètres au compteur. Il fallait quand même conserver un minimum de dignité.

Il y avait du monde partout, assis, debout, concentré, recueilli. Puis, au début de la cérémonie, voilà que 67 prêtres, un évêque et une religieuse entrent en procession. Soixante-sept prêtres. À ce stade-là, on ne parle plus d’une messe, on parle d’une réunion annuelle avec quorum largement atteint! La procession est impressionnante, intense, parfaitement protocolaire. Puis vient le moment où chacun se souhaite la paix. Les gens se tournent les uns vers les autres, s’embrassent, sourient. Ils sont heureux.

Et là, quelque chose d’assez extraordinaire s’est produit.

En sortant de la cathédrale, la paix semblait avoir suivi tout le monde dehors. Sur le parvis, dans les terrasses, sur les trottoirs et dans les rues, les gens étaient sereins. Pas de cris. Pas de dispute. Pas de politique. Pas de Trump. Rien. Même pas un petit regard assassin.

Pour la première fois depuis longtemps, nous avons passé une journée entière sans être témoins d’un accrochage, d’un regard douteux ou de paroles lancées avec suffisamment de venin pour faire fondre une poubelle. Et, miracle supplémentaire, même nos muscles ont décidé de collaborer. Pas de plainte majeure, pas de rébellion des genoux, pas de grève générale des pieds. Notre corps semblait avoir signé une entente de paix avec notre cerveau.

J’ai même eu l’impression de voir moins de gens collés à leur cellulaire. Mais là… est-ce vraiment arrivé? Ou était-ce simplement notre cerveau, épuisé par les journées précédentes, qui avait décidé de nous offrir une petite hallucination collective? Peu importe.

Aujourd’hui, nous avons respiré, marché, regardé autour de nous et profité du moment. Pas besoin de courir. Pas besoin de se battre avec une machine à billets, de chercher un arrêt d’autobus qui semble avoir déménagé ou de comprendre pourquoi quelque chose ne fonctionne pas. Juste du calme. Du beau. Du monde heureux. Et deux grand-mères qui, pour une fois, n’ont absolument rien à chialer.

Nous sommes donc unanimes : cette journée fait partie des plus belles et émotives depuis notre arrivée en Europe.

Comme quoi, après le tumulte, il suffit parfois d’un croissant, d’une cathédrale et de 67 prêtres pour remettre deux mémés sur le chemin de la paix.

La vie est belle. Et aujourd’hui, elle l’était particulièrement.